Alerte sur la banquise…. oui mais aux Caraïbes !

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Flora ELIAZORD, membre active de Contact-Entreprises, nous a fait parvenir sa contribution personnelle sous la forme d’une tribune libre sur l’urgence de « faire ensemble » une Martinique plus attractive. Nous la partageons avec vous :

Coach professionnel, j’interviens au sein du cabinet C&C – Consulting & Coaching, que j’ai créé en 2001. Le but de C&C est d’accompagner les entreprises à la transformation durable, positive et agile de leur organisation, avec des facteurs clés de succès. Depuis 16 ans, le cabinet C&C suit et accompagne les grandes tendances économiques, politiques, sociales de son environnement.

banquise

J’ai eu envie d’écrire cet article pour trois raisons : émettre un sujet de discussion, apporter une contribution positive à mon environnement local et jouer d’un savoureux mélange autour d’un ouvrage « Alerte sur la banquise – Réussir le changement dans n’importe quelles conditions » de John KOTTER, d’une analogie avec la réelle problématique de changement climatique, d’un « exercice de la banquise » appris en formation de coaching, d’un jeu de mots donné avec humour et de mes expérimentations d’accompagnements des organisations publiques et privées de Martinique.

Disons-le comme Idriss ABERKANE : « Tout homme économiquement utile n’est pas forcément épanoui, mais tout homme épanoui est forcément économiquement utile » (1).

De quoi s’agit-il ?

Entrons tout de suite dans l’approche paradoxale et systémique. Une situation de crise aigüe : La Martinique est la région française qui perd le plus d’habitants (2). Comment en faire une opportunité de développement qui crée de la valeur et de l’abondance pour les personnes à l’échelle d’un territoire ? Comment faire face à des défis multiples et complexes et en sortir gagnant ? Comment réussir la transformation des personnes et du système ?

J’ai participé au cours du dernier trimestre 2016, à plusieurs rencontres, dont les sujets m’ont questionnée :

  • L’une était une Conférence économique organisée par la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) et l’Agence Française de Développement (AFD) sur le thème « Construire les bases d’un nouveau modèle économique pour conforter la croissance et l’emploi », les 13 et 14/09/2016.
  • L’autre était une journée, sur le thème du «Mieux être au travail, comment faire ensemble ? » organisée par un comité sur la Prévention suicide le 09/09/2016.
  • Les 5ème Rencontres Territoriales des Antilles et de la Guyane sur le thème « Quel management pour faire face aux évolutions de l’action publique locale ? » organisées par le CNFPT, les 8 et 09/11/2016.
  • Les Journées de la Cohésion sociale et de lutte contre la pauvreté, à l’initiative de la CTM, en novembre dernier.

Pourquoi cet article, intitulé « Alerte sur la banquise… aux Caraïbes ?

Et que se passe-t-il en Martinique ?

Il semble urgent d’agir, il y a même nécessité à agir, c’est d’autant plus aigu, ici, qu’il y a la fonte de la banquise par la chaleur des rayons du soleil (!) Et du coup, nous pourrions nous endormir, tranquillement, bercés par les alizés et le doux chant des oiseaux, sans prendre conscience de « l’acuité de l’urgence ». Pourtant ce n’est pas qu’une question de survie, à l’image de la fable de l’Alerte sur la Banquise(3). C’est une question plus profonde, une prise de conscience d’un changement intérieur. Un changement de paradigme. Quelque chose comme une « Révolution humaine » qui toucherait chacun de nous. Une nouvelle représentation de la réalité, de nos habitudes, de nos modes de pensée, nos croyances, nos façons de faire, de réagir, de vivre même.

Philosophes et sociologues, dans leur effort pour « penser la crise », discernent « dans l’état présent du monde, une possibilité de régénération » (4), ou même d’« une métamorphose qui pourrait permettre à l’humanité de s’accomplir en tant qu’humanité » (5)

Certes, cette nécessité face à la crise, se fait sentir partout, en France, et dans d’autres parties du monde. Donc, ce n’est pas uniquement à la Martinique. Toutefois, ici, elle prend des accents plus prononcés pour de multiples raisons.

De nombreuses études, diagnostics, projections et scénarios ont été réalisés, imaginés depuis des années. Certains ont fait l’objet de grandes « messes » de présentation, d’autres encore dorment dans des tiroirs… A un moment donné, je crois que, nous ne pouvons plus nous contenter d’avoir la connaissance, nous avons l’obligation d’agir.

Contrairement à l’idée que l’on peut se faire des Outre-mer, ils ne sont pas un Tout, ils sont pluriels et très différents. Leur point commun est qu’ils sont éloignés de la métropole.(6)

La Martinique vieillit. Sa démographie est à la baisse et l’on compte une perte de 2.500 habitants environ par an. 383.910 habitants en 2014, selon un recensement Insee.(7) Le nombre de départs des jeunes est important et n’est pas compensé par les retours ni les entrées de nouvelles personnes. Dans le même temps, selon l’Insee, et au regard de la pyramide des âges, la Martinique connaît un déficit de la tranche de 20 à 40 ans, homme et femme, avec des incidences sur la natalité, la scolarité…

La tendance à la baisse va se poursuivre.

Les estimations à la baisse sont même dépassées par la réalité. Dans quelques années, la population des seniors sera égale à la population active ! Incroyable…

Et, pour ajouter au pessimisme, la baisse de la démographie entraîne une baisse de la consommation. Le PIB réel par martiniquais a cessé de progresser depuis 2007.

La Martinique sur le plan économique doit redoubler d’efforts de restructuration des secteurs d’activités. Elle est une île avec des handicaps naturels : petite en terme de territoire, l’offre y est faible et limitée et les prix élevés. Elle connait un déficit de compétitivité. On le sait. Toutes les études, diagnostics, scénarios convergent.

Temps de crise : désastre ou aubaine ?

Maintenant, qu’est-ce que nous faisons ? Nous pouvons nous réveiller. Nous pouvons choisir d’agir. Un sentiment d’urgence(8) est à créer autour de nous pour agir. Néanmoins, il ne s’agit pas d’agir dans la précipitation mais plutôt dans la réflexion, l’intelligence collective où chacun peut apporter sa contribution, son énergie, son enthousiasme, ses idées, ses projets, donner du sens à son action…

L’intention pourrait être de travailler à développer notre capacité à créer de la valeur ajoutée, à apprendre à travailler ensemble pour le bien de la Martinique.

Le scénario n’est pas écrit. Nous sommes les acteurs de notre histoire et nous avons à écrire ensemble le scénario.

Les pistes sont nombreuses. Et le travail collectif. Des idées ont été émises comme : mettre en place des « Contrats de compétitivité » ; s’attaquer au déficit de compétitivité en ayant des entreprises capables de créer de la richesse ; s’attaquer aux coûts de production afin de réaliser des gains de productivité ; développer des filières dans les économies « bleue », « verte » « grise », etc.

Le philosophe Patrick Viveret se demande « comment réoxygéner des espaces politiques » : « Il faut ouvrir le chantier d’une transformation qualitative de la démocratie. La démocratie actuelle ressemble, à bien des égards, au cerveau humain, dont les neurologues assurent qu’il n’est utilisé qu’à 10% de ses capacités – un formidable gisement en friche, donc. » (9)

Trouver la clé de la resserre aux trésors

Il y a quelques temps, je m’étais lancée dans l’écriture d’idées sur un développement « harmonieux » de notre île. L’idée simple de départ, s’appuie sur l’utilisation optimale des ressources existantes, les richesses naturelles et les concentrer sur les besoins nouveaux et croissants de la nouvelle réalité à venir. Notre île à un environnement qu’elle peut mettre à profit pour développer de la croissance, permettre au secteur économique d’avoir de nouvelles opportunités de marchés, aux jeunes de se former sur des métiers nouveaux et porteurs ;

Si une resserre regorge de trésors mais que l’on n’en possède pas la clé, il est impossible de l’ouvrir et, faute de pouvoir l’ouvrir, on ne pourra voir les trésors qu’elle recèle (10) 

Comment créer des mondes connectés, avec des personnes en mode collaboratif, qui apprennent à résoudre les problèmes avec une intelligence collective qui impulse l’envie d’agir ?

Mon rêve pour la Martinique serait de voir une harmonie s’installer entre les différentes générations, de personnes jeunes et moins jeunes. Une harmonie et un équilibre entre elles et le lieu où elles vivent. Montrer comment la Martinique a développé un savoir-faire de haut niveau, des compétences et des atouts de grande qualité pour accroître le faire ensemble. Des atouts qui inspireraient les personnes dans le monde et pour lesquels, elle serait extraordinairement attractive !

Ce faire ensemble, comment on peut le co-construire ? Comment amener un tel leadership ? Avec quels facteurs de succès ?

Selon moi, on pourrait commencer en apportant des orientations professionnelles aux jeunes sur plusieurs secteurs d’activités. Ainsi, en restant à la Martinique, ils sauraient et seraient en mesure de se former dans les secteurs nouveaux et novateurs, et cela, à tous les niveaux de qualifications. Eh oui, on a besoin de tout le monde !

Alors dans quels secteurs d’activités ? Des secteurs à la pointe, créateurs d’emplois et de richesses. Des secteurs, à partir desquels d’autres domaines pourraient être associés. Comme un arbre, dont les racines seraient profondes et les branches luxuriantes, dans un courant long avec des potentialités à l’infini… Un courant où tout le monde est nourri. Bon… mais là, je m’emporte dans les métaphores !!!

De la tête aux pieds comme un organisme vivant

Mes réflexions m’incitent à bâtir cette idée, sur la base de TETE CŒUR CORPS pour gagner un alignement cohérent.

A LA TETE, je verrais se développer à la Martinique des cerveaux à travers les domaines de l’Informatique, la communication digitale, les technologies nouvelles, l’innovation technologique avec la robotique, la domotique… Tous ces métiers du devenir qui feraient que la Martinique pourrait être une tête pensante.

LE CŒUR, pourrait être de développer tout ce qui est autour de l’environnement, le respect de l’environnement, à l’image du Costa Rica. Encourager l’agriculture, une évolution vers le bio et une qualité de produits.

Au sein de l’association Contact-Entreprises, dont je suis membre actif, des initiatives et des idées émergentes, toutes riches d’opportunités pour le développement de la Martinique et font l’objet de débats, de rencontres, comme la filière Rhum, la biodiversité (11) ……

LE CORPS, ce serait de travailler à l’harmonie des personnes avec leur environnement, leur alimentation. Dans le même temps, quoi de mieux que d’accroître tout ce qui est autour de la mer, de créer des équipements, de faire bénéficier les personnes des vertus si bénéfiques de la mer, de la douce température de l’eau, de la pratique des sports nautiques, de la pèche, de toutes les richesses naturelles existantes…

Travailler au développement de la santé des seniors, à la bonne santé des personnes, l’aide aux personnes, l‘aide et l’assistance à domicile.

Le domaine du Tourisme pourrait s’appuyer sur tous ces atouts et secteurs de pointe pour donner envie de venir en Martinique y passer une agréable villégiature.

Nous aurions des opportunités à montrer à l’intérieur comme à l’extérieur, combien il fait bon vivre à la Martinique : Faire de la Martinique un lieu attractif et de qualité.

Avec ses valeurs phares de confiance, bienveillance, co-engagement, pertinence et excellence qui guident notre action, C&C œuvre à la performance des organisations, des personnes et à l’évolution de la culture d’entreprise.

Les entreprises ont besoin de s’appuyer sur des managers-leaders agiles pour mener cette transformation culturelle et humaine.

Face au découragement, aux fortes inquiétudes, nous pouvons refuser le désenchantement, la victimisation. Et surtout, nous pouvons rechercher les conditions d’un ressourcement personnel, d’un vivre ensemble voire d’un bien commun avec un courage, un espoir et une confiance partagés. La crise peut être révélatrice du pire, mais aussi du meilleur, à l’origine d’une libération, d’une métamorphose !

ALERTE SUR LA BANQUISE PARCE QUE NOUS CONNAISSONS LES PROBLEMES QUE NOUS AVONS ET NOUS DEVONS LES RESOUDRE.

C’EST NOTRE CONTRAT DU FAIRE ENSEMBLE POUR ETRE HEUREUX DANS UNE MARTINIQUE PROSPERE.

Le 26 janvier 2017,

Ecrit par Flora ELIAZORD, Coach professionnel certifié, fondatrice du cabinet C&C, Consulting & Coaching. Flora ELIAZORD prépare l’équivalent d’un Master en Business Coaching. Le cabinet C&C est membre de l’I.C.F. – International Coaching Federation. I.C.F. représente l’Association N°1 des coachs dans le monde qui partagent l’Art, la Science et la Pratique du Coaching Professionnel. Retrouvez notre actualité sur : www.collectif-coaching.com

Références :

(1) Idriss Aberkane, auteur et conférencier, spécialiste du cerveau, ouvrage : « Libérer votre cerveau ! » Ed. R. Laffont

(2) Article de Contact entreprises : « la Martinique est la région française qui perd le plus d’habitants », 02/01/2017.

(3) John Kotter, « Alerte sur la banquise : comment réussir le changement dans n’importe quelle conditions ? »

(4) J.-Fr. Mattéi, op. cit., p. 113.

(5) Edgar Morin, Vers l’abîme, Ed. de l’Herne, 2007, p. 161.

(6) Contenus des Interventions et échanges Conférence CTM/AFD des 13 et 14 septembre 2016

(7) Article de Contact entreprises du 02/01/2017.

(8) Voir les 8 étapes du changement « Alerte sur la banquise », J. Kotter, Holger Rathgeber, Ed. Village Mondial

(9) Edgar Morin, dans l’ouvrage collectif Pour un nouvel imaginaire politique, Fayard, 2006, p. 63.

(10) L&T, Les écrits de Nichiren, p. 146.

(11) A découvrir la Conférence sur la biodiversité N. de Pompignan, les Ateliers du Rhum : « La Martinique peut-elle devenir la capitale mondiale du rhum ? » www.contact-entreprises.com

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