Le compte-rendu des Ateliers de la Mer – Martinique 2015

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« Et si la Mer créait des emplois en Martinique ? ». Tel était le thème central des Ateliers de la Mer qui se sont tenus les 22 et 23 avril 2015 au Port de Plaisance de la ville du Marin.

Organisés par Contact-Entreprises, en partenariat avec Martinique Développement, ces ateliers avaient pour but de prolonger les travaux du Livre Bleu édité en 2014, en faisant de la mer un axe majeur du développement économique de la Martinique.

En amont du Salon Maritime et des Industries nautiques de la Martinique (le SMILE), la manifestation a réuni une cinquantaine d’intervenants experts autour de 8 tables rondes, chacune traitant un sujet spécifique lié à la mer. Elles étaient animées par Agnès MONLOUIS-FELICITE de l’agence Mots d’ici. Plus de 300 personnes ont pu assister sur place aux échanges, ainsi que de nombreux internautes puisque les débats étaient filmés et diffusés en direct sur Internet.

Ainsi, pendant deux journées intenses, ont été abordés les thèmes suivants : le traitement des épaves, l’énergie marine, la plongée, les loisirs nautiques, le yachting, la pêche et l’aquaculture, Saint-Pierre, et les équipements portuaires.

Cette opération d’ampleur a été rendue possible grâce au soutien de l’Etat, du Conseil Régional, de la Ville du Marin, du Port du Marin, de l’association MYA, de la CCIM, mais aussi de Carenantilles, de la BRED, du Groupe SEEN, de la CMA CGM, de l’EGC Martinique, sans oublier les partenaires militants de Contact-Entreprises que sont Abadie, Tuernal Vatran Traduction, Ardent, Infodom, et Antilles Bureaux.

Parmi les constats nouveaux ou rappelés :

  • La Martinique est en forte concurrence avec son environnement régional ;
  • La Martinique a des handicaps en matière de compétitivité : normes, réglementation, fiscalité, coût du travail… ;
  • La Martinique dispose d’atouts importants par rapport aux îles voisines : des sites naturels de qualité (un littoral préservé, des baies exceptionnelles, la Montagne Pelée…), des infrastructures modernes, une ville historique de renommée mondiale – Saint Pierre… ;
  • La Martinique manque d’équipements nautiques et portuaires pour satisfaire les besoins de la plaisance (déficit important d’anneaux, ports et ports à sec…) ;
  • Les martiniquais ne sont pas suffisamment « tournés vers la mer » ; Il reste un travail important à faire pour ouvrir d’avantage les populations à la mer. Cette sensibilisation doit se faire dès l’enfance, pour permettre à chacun de mieux connaître son environnement et mieux le protéger. Savoir nager, savoir naviguer, savoir pêcher… et petit à petit pratiquer des métiers de la mer.

Suite à ces constats, plusieurs objectifs se sont imposés :

  • Rendre les métiers de la mer plus attractifs et compétitifs ;
  • Adapter la réglementation française et européenne aux réalités caribéennes ;
  • Adapter la fiscalité liée aux activités nautiques notamment en « osant le taxe-free » pour capter la clientèle aspirée par les îles voisines ;
  • Assouplir les règles pour permettre un rattrapage en matière d’équipements, notamment en nombre d’anneaux et en infrastructures portuaires.

Trois grands axes de mobilisation ont émergé, notamment pour les élus :

  • Militer collectivement pour prolonger et renforcer le dispositif de Zone Franche d’Activité en l’élargissant aux métiers du nautisme et à ses dérivés, et plus largement à tout le périmètre de « l’économie bleue  » que les Services de l’Etat sont en train de cerner en Martinique ;
  • Engager la réflexion sur la détaxe des activités nautiques et notamment sur les charters ;
  • Renforcer les dispositifs de formation et s’appuyer d’avantage sur l’apprentissage.

La vidéo de la synthèse des Ateliers de la Mer, ici

1ère table ronde : « Et si le recyclage de nos épaves était une ressource économique ? »

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Elle réunissait :

  • Denis SAINT PE, Directeur industriel du Groupe Seen et représentant de l’entreprise Metaldom qui œuvre d’ores et déjà dans le secteur,
  • Olivier MORNET, Directeur de la Mer, a notamment décrit le rôle de l’Etat dans le repérage des navires à l’abandon et l’identification de leurs propriétaires,
  • Daniel ECALARD, Chef de projet chez Seafret Caraïbes, a présenté un projet de Cargo à voile recyclable en fin de vie,
  • Benoît LACROIX, Ingénieur Déchets des entreprises et Management environnemental à l’Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME),
  • Peggy CHRISTOPHE, représentante du Groupe Belliard qui a étudié la faisabilité d’un projet d’insertion pour le recyclage des épaves,
  • Alain LACOURT, Président de l’association Ecoleau qui apporte des compétences techniques, par la plongée, dans les sentiers de récupération d’épaves.

On recense environ 300 bateaux abandonnés en Martinique, dont 70 épaves considérées par la loi comme étant des « déchets ». Ces épaves doivent donc être traitées comme tels, et à ce titre être dépolluées et recyclées au frais de leurs propriétaires. A condition bien sûr de pouvoir identifier ces derniers, et qu’ils soient solvables.

Il en est ressorti l’urgente nécessité de structurer une filière de démantèlement et pour ce faire, de clairement établir la chaine des coûts et des responsabilités. Qui doit payer ? Comment faire du démantèlement une activité rentable ? Quel rôle doit jouer l’Etat entre accompagnement et impulsion ?…

Une partie du coût peut être compensée par la valorisation des matériaux recyclés, mais sans soutien public, il est évident que la rentabilité financière est impossible. Pourtant cette activité de démantèlement et retraitement pourrait être l’occasion de structurer une filière économique en mobilisant notamment des chantiers d’insertion. Des jeunes apprentis pourraient ainsi développer des savoir-faire « monnayables » pour d’autres industries comme EDF, la SARA ou le Bassin de Radoub.

Une autre option est de pouvoir transformer certaines épaves en récifs artificiels, et en faire des spots de plongée attractifs. Mais pour y parvenir, il faut faire évoluer la loi afin que le statut de « déchet » ne soit pas systématiquement associé à celui d’épave. Il s’agit là d’un vrai chantier politique dont certains de nos parlementaires pourraient s’emparer.

Entre les deux premières tables-rondes, le public a pu entendre l’intervention de Bruno SAINTE-ROSE, un jeune ingénieur d’origine martiniquaise nouvellement nommé Responsable de la Modélisation Numérique de la startup néerlandaise « The Ocean Clean’up ». Le but est de récolter le plastique polluant les océans grâce à la dynamique naturelle des courants. Objectif : récupérer 50% du plastique de l’Océan Pacifique Nord avant 2019 ! Le système est constitué d’un enchaînement de bouées de 100 km et d’un collecteur : laisser les courants concentrer le plastique, le récolter, le stocker puis le décharger régulièrement… Ce projet innovant introduit parfaitement le thème de la 2ème table-ronde.

La vidéo complète de la table-ronde « recyclage » ici.

2ème table-ronde : « Et si la mer nous apportait son énergie ? »

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Y intervenaient :

  • Marwane BEJGANE, Directeur Général d’Energie de Martinique, a notamment décrit les opportunités offertes par des bateaux électriques,
  • Michel DURAND, Directeur d’EDF Martinique, a présenté un projet de climatisation basée sur l’énergie de la Mer,
  • Olivier KREMER, Responsable d’Akuo Antilles, a fait le point sur le projet NEMO d’Energie Thermique des Mers (ETM) en phase de montage,
  • Richard ROSEMAIN, du Cabinet d’ingénierie CERTA Conseil Etude Réalisation Techniques Avancées, a évoqué d’autres énergies liées à la mer comme les éoliennes en mer.
  • Gilbert GUYARD, Directeur adjoint de la Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DEAL), a, lors d’une intervention transversale, expliqué l’accompagnement de l’Etat dans le domaine,
  • Laurent BELLEMARE, Directeur de l’AME (Agence Martiniquaise de l’Energie), a décrit le rôle de l’AME et comment elle pourrait permettre d’atteindre les objectifs fixés par le Grenelle de l’environnement pour la Martinique.

Dans les premières minutes de cette table ronde, l’exemple du Costa-Rica est mis en avant. Dans ce pays tropical, 100% de l’énergie consommée proviendrait des énergies renouvelables.

Aujourd’hui la Martinique dépend à 95% des énergies fossiles. Il y a donc d’immenses progrès à réaliser. Mais à peine le débat s’ouvre-t-il que déjà pleuvent les excuses : contrainte foncière d’un territoire exigu, conflits d’usages entre énergie, agriculture et habitations, coût des investissements et de la recherche, contraintes environnementales, sismiques et cycloniques… Selon un intervenant, aucune évaluation des terrains potentiellement propices à la géothermie n’a été réalisée à ce jour.

De plus, il ne suffirait pas de transposer les technologies développées ailleurs sur notre territoire. De vraies adaptations sont souvent nécessaires. Exemple : l’amarrage des éoliennes flottantes – qui seraient bien plus efficaces que les éoliennes terrestres – à nos profondeurs sous-marines.

Mais ce qui est un handicap pour l’un peut être un atout pour l’autre. Ainsi, l’Énergie Thermique des Mers (ETM) peut-elle s’appuyer sur le différentiel de température liée aux profondeurs marines à proximité de nos côtes. Le projet NEMO (New Energy for Martinique and Overseas), porté par DCNS et Akuo Antilles, prévoit ainsi de produire en 2019 plus de 10 mégawatts d’électricité et d’alimenter environ 35.000 foyers martiniquais.

Une autre possibilité, et pas des moindres : l’eau froide pompée à proximité des côtes pourrait également faire fonctionner des Climatisations à l’Eau Naturellement Froide (en anglais SWAC), à condition que les systèmes se trouvent à 3 ou 4 kilomètres des foyers à alimenter.

Mais la clé de la transition énergétique se trouve d’abord chez le citoyen-consommateur qui, par ses comportements vertueux, doit peser sur l’offre de solutions. Les Martiniquais sont-ils prêts à payer plus cher pour de l’énergie propre ?

Et du côté des industriels, qui est prêt à investir massivement dans les énergies renouvelables ? EDF Martinique se dit prêt à relever le défi. En effet, explique Michel DURAND, directeur d’EDF Martinique, l’objectif de l’entreprise est d’alimenter l’île avec 50% d’énergie renouvelable en 2020, et 100% en 2030. La salle a du mal à y croire…

Autre sujet évoqué : les bateaux électriques alimentés par l’énergie solaire. Les solutions techniques existent. Mais, selon un intervenant, les consommateurs ne sont pas prêts à acheter ces produits en confiance. L’enjeu est donc de démocratiser les moteurs hybrides afin d’amener progressivement les esprits à accepter ces nouvelles solutions.

Il est donc apparu que des projets concrets sont d’ores et déjà en phase de montage. Le principal frein au développement des énergies liées à la mer n’est ni la faisabilité technique, ni le coût des projets. Ils sont bien soutenus par l’Europe, l’Etat et la Région. C’est le citoyen, consommateur qui doit être maintenant convaincu de la nécessité de la transition énergétique. Utilisateur final, il est, de fait, le principal arbitre dans un territoire « où l’on dort parfois avec des couettes pour se protéger du froid des climatiseurs… », comme l’a rappelé un participant.

La vidéo complète de la table-ronde « énergie » ici

3ème table-ronde : « Et si la mer était une “terre d’élevage” ? »

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Y participaient :

  • Lionel REYNAL de l’Unité Biodiversité et Environnement de l’IFREMER Martinique a évoqué la raréfaction des ressources : « trop de pêcheurs pour moins de poissons »,
  • François TOURNIER, Pêcheur Armateur, porteur du projet « Thonier du futur », est intervenu sur la nécessité d’une filière de pêche à voile,
  • Elie Eustache ROOLS, Président de la commission pêche du Comité des Pêches, a témoigné des difficultés que rencontrent les pêcheurs et notamment des crises de vocation : 25% des pêcheurs ont l’âge de partir à la retraite,
  • Louis LUSBEC et Brigitte DOPPIA, membres de la COOPAQUAM (Coopérative aquacole), ont témoigné des difficultés de cette filière prometteuse mais amoindrie par des aléas,
  • Emmanuel THOUARD, Responsable de station à l’IFREMER, a d’ailleurs fait une intervention spécifique à l’aquaculture en évoquant les opportunités offertes par la diversification des espèces.
  • Katia ROCHEFORT, Directrice du Pôle agroalimentaire régional (PARM) est intervenu sur les problématiques de transformation, de labellisation  et de commercialisation.

Le nombre de poissons a diminué de moitié en 25 ans estime Lionel REYNAL (IFREMER). Pour lui, les sites de pêche sont surexploités, et les populations ne se renouvellent plus : moins de poissons pour « trop » de pêcheurs.

La consommation de poissons par habitant a également baissé. Cette baisse est due en partie au tarif élevé du poisson frais local, qui souffre de l’évolution des coûts d’exploitation des marins-pêcheurs, et en particulier des fortes augmentations du prix des carburants.

Les marins-pêcheurs sont obligés d’aller de plus en plus loin, et donc de consommer de plus en plus de carburant, sur des embarcations inadaptées, pour des prises de moins en moins bonnes.

Un autre phénomène, le vieillissement des marins-pêcheurs : 25% d’entre eux ont atteint l’âge de la retraite. Ils n’ont pas d’autres choix que de continuer leur activité, en renforçant la pression de pêche sur les zones côtières proches, celles précisément qui devraient être provisoirement préservées afin de permettre à la faune de se régénérer.

La solution passe par une ré-organisation des métiers qui permettrait aux pêcheurs d’étendre leur zone de pêche en épargnant les zones de reproduction et les « petits gabarits » de poisson.

François TOURNIER, pêcheur-armateur, porteur du projet « Thonier du futur » propose de mettre sur pied de nouvelles embarcations, mieux adaptées aux contraintes locales : Les Thoniers du Futur, ce sont 10 voiliers de pêches de 24 mètres pour 130m2 de voilure, confortables, équipés de sonars à poissons et des technologies modernes.

Il propose ainsi une pêcherie rentable et propre en Martinique, qui permettra en parallèle de structurer une filière de construction navale sur place. Il estime les coûts de carburants 7 à 20 fois moins élevés grâce à la voile ! Et bien entendu, ces embarcations permettent d’aller beaucoup plus loin : « Croyez-le ou non, le poisson du Plateau de Guyane meurt de vieillesse ! » affirme François TOURNIER.

Il a été aussi question de revaloriser le métier de matelot et travailler d’avantage en mode équipage. Ce qui participerait à la professionnalisation du secteur, tout en ouvrant des pistes de métiers, et donc d’emplois.

Même si, persiste Lionel REYNAL, il faudrait faire en sorte de diminuer le nombre de pêcheurs en attendant que la faune se reconstitue.

Pour l’aquaculture, il semble que les délais entre l’idée et la concrétisation des projets soient extrêmement longs. Par ailleurs la filière est sans cesse confrontée à des problèmes d’aliments pour les poissons (parfois mal adaptés) et de vols de cages… Les aquaculteurs se sentent esseulés. Il s’agit pourtant d’un secteur à fort potentiel, qui devrait être un pilier de l’autosuffisance alimentaire et contribuer à la gestion des ressources naturelles.

4ème table ronde : « Et si la Martinique redevenait une terre d’escale, notamment pour le yachting ? »

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Elle réunissait :

  • Douglas RAPIER, Président de la Martinique Yachting Association, a notamment exposé les difficultés réglementaires et fiscales qui sont un frein à l’attractivité de la Martinique,
  • Jean-Louis de LUCY, Président de Carenantilles a évoqué les métiers associés au carénage et les lacunes de la formation, notamment en langues
  • Eric JEAN-JOSEPH, Administrateur de la SAEPP (Société Antillaise d’Exploitation de Ports de Plaisance) a abordé la problématique du manque de places et la nécessité de monter des infrastructures légères permettant de plus et mieux accueillir les bateaux,
  • Alain ROLLET, Directeur de Dream Yatch Caribbean a parlé des atouts et des faiblesses de la Martinique dans son secteur d’activité qu’est la location de voiliers et les croisières cabines.

Axe potentiellement majeur du développement économique maritime, le secteur martiniquais du yachting est en panne : sur 100.000 bateaux en transit dans les Antilles, seuls 15.000 d’entre eux font escale sur notre île.

Les raisons ? Les taxes locales dans un environnement régional détaxé, le prix très élevé du carburant, les démarches administratives à l’accueil, le manque local de culture du luxe… Le comble, explique Alain ROLLET, directeur de Dream Yatch Caribbean, « 90% des navigateurs qui viennent louer leur bateau en Martinique, le font dans le but de caboter dans les Grenadines ». Que se passera-t-il quand l’ouverture de l’aéroport international de Saint-Vincent n’obligera plus les touristes à passer par chez nous ? Pas de doute, nous sommes dans l’urgence, nous devons impérativement trouver des solutions.

Tous les intervenants insistent sur les contraintes réglementaires excessives qui bloquent les opérateurs, et qui les empêchent de s’adapter à leur environnement concurrentiel. Ces contraintes empêchent surtout les mises à niveau nécessaires de nos équipements. Rappelons en effet que la Martinique ne dispose que de 1.700 anneaux quand il en faudrait au minimum 5.000 pour être considérée comme une destination nautique. Il y a là un véritable « plan Marshall » à lancer !

Ces contraintes réglementaires, normatives et fiscales font fuir les plaisanciers et pénalisent considérablement le secteur nautique. « Il a fallu par exemple 8 ans de combats pour finaliser le dossier de modernisation du centre de carénage du Marin », affirme Jean-Louis de LUCY, Président de Carenantilles. « Avec l’Etang Zabricot, c’est le pompon ! » s’exclame un autre intervenant qui raconte avoir pris connaissance du dossier à son arrivée en 1992 pour le retrouver à l’inauguration… l’année dernière !

La Martinique est naturellement contrainte d’appliquer les lois de la République, même quand celles-ci ont été conçues sans prendre en compte les particularismes locaux.

Cependant, tout n’est pas négatif, rassure Douglas RAPIER, Président de la Martinique Yachting Association : « Les touristes sont toujours surpris par la beauté de notre île et par sa propreté. Nos infrastructures sont appréciées et reconnues. Nous offrons également un niveau de sécurité qui n’a rien à envier aux îles voisines ». « Si en cas d’accident, vous devez vous adresser à Saint-Vincent ou au Venezuela… Good luck ! », rajoute Olivier MORNET.

« Nous avons donc de vrais atouts ! Nous devons impérativement les faire connaître à l’international. Mais est-ce possible alors même que la population ne parle pas Anglais ? », questionne Jean-Louis de LUCY. Il est donc urgent de sensibiliser la population au tourisme : « plus l’accueil est excellent, plus le client a envie de revenir ». Notre « French Touch » est également un atout à mettre en avant. À Saint-Vincent par exemple, les jeunes vont se former au tourisme haut de gamme à l’international, en Haïti, la population parle quatre langues… Nous sommes à la traîne, nous avons besoin de jeunes qui anticipent, qui prennent des décisions, témoigne un homme dans l’assemblée.

Côté emploi, le secteur de la réparation naval est porteur, en pleine croissance et à forte valeur ajoutée, assurent les protagonistes. À condition d’adapter les programmes de formation et de renforcer l’apprentissage dans une optique de compagnonnage.

C’est Eric JEAN-JOSEPH, Administrateur de la SAEPP (Société Antillaise d’Exploitation de Ports de Plaisance), qui conclue avec espoir : « Restons positifs, on peut faire dix fois mieux ».

La vidéo complète de la table-ronde « yachting » ici

Conférence : « Les Zones Franches : un outil de développement au service des territoires d’avenir »

Claude GELBRASUne conférence de l’expert Claude GELBRAS s’est tenue entre les deux jours sur les Zones Franches d’Activités. Elle a naturellement prolongé le débat entamé lors de la table-ronde sur le yachting. Deux nécessités s’imposent clairement désormais :

  • Celle de la prolongation de la ZFA au delà de 2017 ;
  • Celle de l’élargissement de la ZFA aux métiers du nautisme et plus largement à l’ensemble du périmètre de « l’économie bleue » que les Services de l’Etat sont en train de cerner en Martinique.

5ème table ronde : « Et si Saint-Pierre devenait l’un des plus grands musées à ciel ouvert du monde ? »

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Y intervenaient :

  • Jacques BAJAL, Responsable du département croisière et nautisme  au ‎Comité Martiniquais du Tourisme. Il a rappelé le fort potentiel de développement de la ville et les perspectives possibles comme la création d’un terminal de croisière pouvant accueillir des bateaux de taille moyenne ;
  • Michel FAYAD, Directeur du Château Depaz, a rappelé le lien historique existant entre Saint-Pierre, la distillerie et la mer qui servait à l’export des tonneaux. Il a évoqué les projets à l’étude pour faire du Château Depaz le haut lieu de la Culture à Saint-Pierre.
  • Tania DE FABRIQUE SAINT-TOURS, Présidente de l’AHESMM (Association Histoire et Environnement Sous Marin Martinique) a axé son intervention sur la mise en place d’un parc archéologique sous marin et terrestre. Cette idée est d’ailleurs partagée et soutenue par Patrick CHAMOISEAU, en charge du projet du Grand Saint-Pierre qui, n’ayant pas pu être présent, a livré une contribution écrite aux débats.

Rappelons que la Ville de Saint-Pierre est plus connue dans le monde que ne l’est la Martinique ! Une notoriété internationale que nous exploitons très mal. En effet, si Saint-Pierre est aussi connue, c’est en raison de l’éruption de la Montagne Pelée en 1902 qui a détruit la ville et ses 28.000 habitants. Une histoire dramatique que nous ne savons pas utiliser aujourd’hui comme facteur d’attractivité.

Des voyageurs du monde entier viennent en Martinique pour découvrir ce site historique qui est sensé procurer de fortes émotions, à l’instar de la ville de Pompéï. Or force est de constater que nous n’avons pas clairement mis l’éruption au centre du positionnement touristique de la ville. En témoigne le musée de la Catastrophe qui est une véritable…catastrophe !

A cet égard, le CDST, le Centre de Découverte des Sciences de la Terre implanté à Saint-Pierre qui, pourrait compenser l’indigence du musée de Saint-Pierre et jouer un rôle important dans la valorisation de la ville, à condition que sa stratégie marketing soit plus clairement orientée vers l’histoire du volcan : Et si le CDST changeait de nom pour exprimer plus clairement notre volcan ? Péléa, par exemple ?

Les participants ont rappelé à quel point la rade de Saint-Pierre est unique en son genre, notamment quand elle est sublimée par les rassemblements de vieux gréements, rassemblements à renouveler régulièrement ! Véritable musée sous-marin, elle comporte des épaves exceptionnelles pour les plongeurs et l’archéologie sous-marine.

On évoque en effet la possibilité d’une filière d’archéologie sous-marine s’appuyant sur la présence dans la rade d’un des plus grands sites d’épaves, mais aussi la revalorisation de la maintenance et de la construction navale, grâce notamment au Lycée technique de Saint-James.

La construction d’un terminal de croisière est également évoquée, tant la ville est naturellement bien adaptée pour accueillir et développer ce type de tourisme.  Même si pour l’instant, l’accueil n’est pas optimal (notamment en termes de musées) ; valorisons déjà ce qu’on a : le « mal nommé » CDST, le Château Depaz, les ruines… et communiquons plus clairement sur ce qui distingue Saint-Pierre des autres villes : l’éruption de la Montagne Pelée.

Une chose est sûre, il faut associer la population de Saint-Pierre à son projet, et faire de cette ville magique un haut lieu « d’expérience émotionnelle » : Comment « scénariser » le passé à la fois glorieux et tragique de Saint-Pierre pour rendre sa visite encore plus passionnante ? Les débats sont ouverts, à bon entendeur…

La vidéo complète de la table-ronde « Saint-Pierre » ici

6ème table ronde : « Et si les touristes venaient de loin pour plonger dans les eaux de Martinique ? »

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Les intervenants étaient:

  • Christian BEIX, président de Martinique Destination Plongée regroupant 18 clubs, a témoigné du fait que la Martinique est d’ores et déjà un spot renommé mondialement.
  • Alex DAUBAT du Centre de plongée Natyabel, mène des actions de formation. Il a pointé du doigt les coûts importants qui freinent l’adhésion des populations locales.
  • Michel TOULA, Président du Comité Martinique des sports Subaquatiques, a abordé les problèmes, notamment réglementaires, auxquels sont confrontés les clubs, par exemple pour l’accès des personnes à mobilité réduite.
  • Mathilde BRASSY, du Pôle Mer et développement durable du Carbet des sciences a témoigné des actions menées pour offrir les loisirs aquatiques au plus grand nombre, par exemple aux scolaires. Des sentiers sous marins ont d’ailleurs été mis en place au François.

Dans le domaine de la plongée, la Martinique a pour principal atout la grande diversité de ses fonds marins : des récifs coralliens aux épaves, les plongeurs peuvent bénéficier de sites exceptionnels. L’île est d’ores et déjà une destination prisée mais elle pourrait l’être encore plus si les fonds marins étaient en meilleur état, si il y avait d’avantage de points de mouillage organisés, si les poissons lions ne devenaient pas l’espèce dominante et si les clubs étaient mieux aidés, par exemple pour la mise aux normes des embarcations pour les personnes à mobilité réduite.

Enfin, les Martiniquais devraient être mieux sensibilisés aux enjeux de la plongée, pour la pratiquer d’une part et pour mieux contribuer à la préservation de l’environnement d’autre part. Les randonnées subaquatiques sont d’ailleurs un excellent moyen de les familiariser avec les fonds marins et qui sait, de peut-être créer des vocations de plongeurs, voire de biologistes marins.

La vidéo complète de la table-ronde « Plongée » ici

7ème Table-ronde : « Et si la Martinique devenait le spot mondial des loisirs nautiques ? »

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Avec :

  • Jean TRUDO, du Comité Directeur du Yacht Club Martinique, a partagé son rêve de voir la Martinique offrir au Monde une grande régate, même si des obstacles restent à lever comme la capacité des hôtels. Il a également évoqué un projet d’insertion.
  • David DIMBOUR, Président de l’association Jet Attitude, est revenu d’une compétition au Qatar et fait le pari d’organiser en Martinique une manche du championnat du Monde de la discipline en 2016,
  • Alain DEDE, Président Comité des Yoles Rondes a évoqué la démarche menée pour l’internationalisation du Tour des yoles rondes de la Martinique, témoignant que l’événement est d’ores et déjà réputé à l’étranger.
  • Enrico ARSENE, de la Fédération Française de Voile a expliqué le travail menée par la fédération pour attirer de plus en plus de pratiquants, élargissant la pratique aux très petits et les seniors ;
  • Bernard DOMERGUE, de l’Association H2eaux, œuvre pour transmettre la passion des sports et loisirs, loin de la « championnite aigue » comme il la nomme. Il souhaiterait que les Martiniquais soient plus amoureux de leur île et de leur mer.
  • Mickaël BRUNO, de l’UCPA du Vauclin, estime aussi que les martiniquais devraient être les premiers ambassadeurs de l’île et de ses possibilités d’activités en mer.

Durant la table-ronde se tenait le Martinique Surf Pro à Basse-Pointe, faisant de la Martinique l’une des étapes d’une compétition mondiale. Chez nos voisins caribéens, la Heneiken Regatta de Saint-Martin ou Les Voiles de Saint Barth sont des évènements de renom. C’est aussi le cas du Tour de la Martinique des Yoles Rondes qui commence à se faire un nom par delà nos frontières.

Mais des efforts restent à faire, en terme d’accueil, de logistique et de financements, tant pour cette compétition que pour celles à venir, comme la manche du championnat du Monde de Jet Ski qui pourrait se tenir en Martinique en 2016. Ces manifestations sont créatrices d’emploi, comme les activités nautiques le sont plus généralement. Un projet de réinsertion par la voile de jeunes devrait d’ailleurs être bientôt lancé.

La vidéo complète de la table-ronde « loisirs nautiques » ici

8ème table ronde : « Et si la Martinique saisissait toutes les opportunités de l’ouverture des nouvelles écluses de Panama ? »

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Y participaient :

  • Sandra CASANOVA, Présidente du Cluster GAT Caraïbes Logistique et Transports. Elle a évoqué les avantages que cette ouverture apporterait en termes d’emplois par la création d’activités logistiques liées à l’augmentation du trafic de marchandises.
  • Pascal PARAUD, Vice Président de la CMA CGM Antilles Guyane, a évoqué les tensions sociales comme principal frein à l’évolution du Port. La CMA CGM, qui vient d’obtenir une concession en Jamaïque, estime que seule la fiabilité du port de Fort-de-France permettra de convaincre les armateurs.
  • Emmanuel LISE, Président  du Cluster Maritime Martinique (CMM), a développé les avantages structurels du Port (tirant d’eau, technicité…)
  • Jean-Remy VILLAGEOIS, Président du Directoire du GPMLM (Grand Port Maritime de la Martinique), a rappelé les excellents résultats du trafic portuaire en 2014 ; le GPMLM se positionne comme un potentiel hub régional, notamment par des travaux d’extension permettant d’accueillir à l’avenir de très gros navires.
  • Thierry LARCHER, Président de la Société ENA (Exploitant du bassin de Radoub) a indiqué que ces développements peuvent être porteurs d’emplois dans le domaine du chantier naval, à condition que les ressources humaines soient enfin disponibles.

Le Port de Fort-de-France, ses infrastructures et sa technicité sont des atouts considérables pour faire de la Martinique un point de passage. L’enjeu réside surtout dans le transbordement des grands porte-conteneurs qui vont d’Est en Ouest ou vers l’Amérique Latine. Le GPMLM a été élu, par la Caribbean Shipping Association, meilleur Port à conteneurs de la Caraïbe en 2013 ; Mais le facteur social reste un frein à son développement : les risques de conflits sociaux ne sont pas engageants pour les armateurs, d’autant que la productivité du travail doit impérativement augmenter si nous voulons rester dans la compétition : augmentation des cadences, travail de nuit…

La mutualisation des Ports de Martinique et de Guadeloupe permettrait de sécuriser la ligne et faire face « sereinement » à l’augmentation des flux : le nouveau trafic portuaire s’accompagnera forcément d’une croissance des services (notamment en logistique) et donc des emplois. Autre essor, celui du bassin de Radoub dont le principal frein à l’expansion pourrait être le manque de compétences mobilisables localement.

La vidéo complète de la table-ronde « écluses de Panama » ici

Partenaires Atelier de la Mer

Partenaires Gold

Merci également aux Entreprises ABADIE, INFODOM, ARDENT, Antilles Bureaux, Groupe SEEN, Tuernal Vatran Traductions et EGC Martinique pour leur soutien militant.

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3 commentaires

  1. Très intéressant article.
    Ravis de voir que la Martinique avance (ou du moins essaye d’avancer) sur les problématiques maritimes et navales qui sont déterminantes dans son développement.
    Ayant moi-même travaillé sur les enjeux que représenteraient l’ouverture des écluses du canal de Panama pour notre belle île, je suis ravi de constaté que ce sujet a été abordé. En revanche, je regrette que le résumé de la table ronde ne soit pas disponible.
    Serait-il possible de le faire suivre par e-mail la vidéo de cette table ronde, ou à défaut, les présentations relatives à ce sujet?
    Par ailleurs, je serai curieux de savoir quelles sont les opérations menées par le GPMLM pour renforcer l’identité et la visibilité de notre port auprès des parties prenantes caribéennes mais aussi européens. Je suis effectivement convaincu que la Guadeloupe ou la Martinique pourront démontrer toute la pertinence de leur port en tant que relais pour le feeding caribéen, en marge ou en complément du hub de Kingston… pour peu qu’on arrive à porter ces idées auprès des bons interlocuteurs !

  2. Trop drôle… à l’atelier 5 , ils ont un train de retard…en effet:
    il y a 2 ans, le rectorat (et la région) ont supprimé la section Bac Pro Maintenance Nautique du LP Saint-James (à St Pierre) pour la transférer au Lycée Professionnel du Marin….A l’époque personne n’avait bougé !
    Cette année idem pour la section automobile (transférée au LP d’Acajou)…

  3. elizabethchekroun le

    Bonjour,
    Je trouve intéressant de mettre en lumière les problématiques maritimes et navales de Martinique et de la Guadeloupe qui sont déterminantes dans leur développement respectif. L’Atelier Mer devait être très intéressant. L’utilisation des mers vont nous permettre de réaliser la transition énergétique tant attendu! Comme en France, des initiatives comme à Rennes pour que le mix énergétique plus équilibré: http://www.agence-france-electricite.fr/rennes/edf-rennes-agence-numero-telephone-adresse/ !

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