Les Ateliers du Rhum : la synthèse des travaux de Novembre 2016

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« Et si le rhum était l’atout majeur de la Martinique ? ». Tel était le thème central des Ateliers du Rhum et de la Canne qui se sont tenus les 17 et 18 novembre 2016 au Château de la Favorite.

Organisés par Contact-Entreprises, en partenariat avec le CODERUM, ces ateliers avaient pour but de prolonger les travaux du Livre Bleu publié en Février 2014, qui mettait en exergue deux grands leviers de développement économique : la mer et le rhum.

En 2015, nous avons ouvert le chapitre de l’économie bleue en créant les Ateliers de la Mer.

En 2016, nous ouvrons celui du rhum et de la canne en posant une simple question : et si le rhum était un levier majeur du développement économique de la Martinique ? (discours d’ouverture ici)

Cette manifestation a réuni 3 conférenciers – Gilbert PAGO, Charles LARCHER et Erick EUGENIE – et une vingtaine d’intervenants experts autours de 4 tables rondes thématiques. Elles étaient animées par Agnès MONLOUIS-FELICITE de l’agence Mots d’ici. Plus de 400 personnes ont pu assister sur place aux échanges, ainsi que de nombreux internautes puisque tous les débats étaient filmés et diffusés en direct sur Facebook.

Ainsi, pendant deux journées intenses, ont été abordés les thèmes suivants : l’histoire et l’impact économique de la canne et du rhum en Martinique, les relations entre rhum, patrimoine, culture et tourisme, le spiritourisme, les enjeux de la filière canne, les perspective d’emplois et la vision d’avenir.

Au cours de sa conférence intitulée « regard historique sur la canne et le rhum », Gilbert PAGO a traversé les grandes périodes qui ont façonnées le rhum de Martinique :

Voir la conférence de Gilbert PAGO ici.

  • 1610-1654 : avant le règne de la canne, c’est le temps du tabac puis du cacao.
  • 1654-1789 : l’or blanc à son zénith.
  • 1790-1883 : agonie du vieux monde sucrier, opulence des usines centrales.
  • 1884-1945 : le sucre en trois grandes crises mondiales et le triomphe du Rhum.
  • 1948 – aujourd’hui : un sucre moribond. Label rouge puis AOC pour le Rhum : l’habitation sucrerie et la société d’habitation disparaissent au profit d’une nouvelle société moins rurale. Les usines et les distilleries ferment. 182 distilleries en 1934 contre 9 en 1990.

La 2ème conférence animée par Charles LARCHER et Erick EUGENIE avait pour thème : « la filière canne-sucre-rhum, impact économique »

Voir ici la conférence de Charles LARCHER et Erick EUGENIE

La filière canne : Avec 201 planteurs sur une surface de 3.900 ha en 2016, la canne est la 2ème culture agricole de Martinique. Il s’agit d’une culture propre qui présente un bilan carbone positif et qui contribue à l’aménagement du territoire. Mais les volumes récoltés (226.000 tonnes), bien qu’en progression, sont encore très inférieurs aux besoins industriels qui s’élèvent à 300.000 tonnes. La situation des planteurs est très fragile, d’autant que les aides européennes auxquelles ils peuvent prétendre sont très difficiles d’accès.

Le sucre : Il ne subsiste plus qu’une seule unité de production en Martinique, l’usine du Galion dont les besoins tournent autour de 100.000 tonnes, pour seulement 50.000 tonnes effectivement broyées. Bien que structurellement déficitaire, son existence participe à l’équilibre de la filière.

Le Rhum : 7 distilleries de Rhum Agricole, une distillerie de rhum industriel (le Galion), 1.500 emplois directs et indirects. Les besoins en canne des distilleries sont de 200.000 tonnes pour une consommation effective de 170.000 tonnes.

La filière rhum représente environ de 150 millions d’euros dans l’économie locale. Depuis un siècle, elle parcourt un chemin d’excellence (distilleries agricoles – Label Rouge – AOC…), et agrège des compétences de plus en plus pointues et des métiers à haut niveau de professionnalisation. 85% du rhum martiniquais est exporté dans près de 100 pays dans le monde. Si la consommation baisse en Martinique, elle augmente régulièrement en France hexagonale et très fortement dans le reste du monde, notamment sur les segments premium et super premium.

La stratégie de développement export des rhums de Martinique s’appuie sur la revendication claire de l’origine Martinique dans une démarche de premiumisation (produit de luxe) et d’innovation. Elle s’appuie également sur les tendances du spiritourisme et sur les valeurs de la French Caribbean Touch. Cette stratégie de niche permet aux rhums de Martinique d’exister dans l’imaginaire des consommateurs du monde entier avec une image d’excellence.

Mais ce succès marketing mondial atteint ses limites face aux difficultés des planteurs locaux à récolter d’avantage de cannes d’une part, et devant les contraintes européennes qui limitent les contingents de rhum AOC sur le marché national d’autre part !

Les grands enjeux de la filière sont en effet de trois ordres :

  • Retrouver des volumes de récolte de cannes, notamment en augmentant les rendements.
  • Développer et consolider les contingents pour le Rhum des DOM sur le marché français.
  • Protéger l’AOC pour faire de l’origine Martinique le fer de lance de notre image mondiale.

Et aussi, devenir la patrie mondiale du Rhum…

Atelier 1 : « Et si la Martinique était la patrie mondiale du Rhum ?

Intervenants :

  • Marjorie BOURA, Chargée de Mission Développement au Comité Martiniquais du Tourisme
  • Philippe de POMPIGNAN, Cofondateur et Président de La compagnie du rhum
  • Charles LARCHER, Directeur des Rhums Clément et Président du CODERUM
  • Jessica TOUMSON, Fondatrice et animatrice du blog Rumantics
  • Michel FAYAD, Directeur du Musée du rhum et Médaillé d’or du tourisme 2016

L’image du Rhum a changé en Martinique quand les distilleries se sont ouvertes au public et aux touristes.

Le CMT utilise aujourd’hui le Rhum comme produit de promotion de la Martinique, notamment dans les salons extérieurs. Projet de pavoiser l’aéroport et l’arrivée des croisiéristes aux couleurs du Rhum : « Martinique Terre de Rhum ». Le CMT souhaite également valoriser le circuit des distilleries.

Autres enjeux : promouvoir la culture créole et préserver le patrimoine local et en particulier les maisons créoles qui disparaissent faute d’entretien. C’est l’un des objectifs de la Fondation Clément. Les distilleries ont une responsabilité particulière sur le plan culturel.

Créer une vraie communauté locale des amateurs du Rhum et faire des martiniquais des ambassadeurs du Rhum en s’appuyant sur les réseaux sociaux (badge « Gardien du Rhum » de Rumantics)

La Martinique a les moyens de devenir la patrie mondiale du Rhum, compte tenu de ses atouts, de son patrimoine (8 distilleries fumantes), du label AOC.

  • faire de l’aéroport l’emblème physique de « Martinique Terre de Rhum »
  • pavoiser l’accueil du terminal de croisière aux couleur « Martinique Terre du Rhum »
  • créer le chemin des distilleries : parcours de visites des distilleries et lieux culturels liés au Rhum.
  • créer des lieux ludiques et éducatifs : un labyrinthe dans un champs de cannes.
  • créer le premier salon mondial du rhum en Martinique.
  • créer une maison centrale du Rhum
  • utiliser les bouteilles de Rhum pour promouvoir la Martinique (via un QR code ?)
  • faire reconnaître le ti-punch (revisité ?) comme élément du Patrimoine mondial de l’humanité.
  • renforcer la collaboration filière rhum / CMT : présence commune sur les salons…

Atelier 2 : « Et si la canne faisait sa révolution culturale ? » 

Intervenants :

  • Erick EUGENIE, Directeur de la SICA CANNE-UNION (Union des Producteurs de Canne de la Martinique)
  • Olivier GROLLEAU, Responsable Service Agronomique CTCS Martinique
  • Christine JAILLAIS, Cheffe service Agriculture et Forêt DAAF (Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt de Martinique)
  • Thierry VILNA, Conseiller Méthodes et Références Ingénieur Réseau Fermes DEPHY ECOPHYTO «Canne à Sucre et Banane» Chambre d’agriculture  de Martinique
  • Philippe ANDRE, Directeur Général SAEM Le Galion

Pour les planteurs, la canne est un métier difficile et peu rentable car les coûts de production sont très élevés, parmi les plus chers du monde. Les besoins en cannes sont aujourd’hui très supérieurs en regard des volumes récoltés. L’enjeu est de baisser les coûts de production tout en augmentant les rendements. L’un des moyens est de mettre au point de nouvelles variétés de canne en collaborant avec La Réunion via le CTCS. Chaque année, le CTCS reçoit des variétés élite provenant de La Réunion qui sont testées sur différents sites. L’idée est de pouvoir à terme proposer des variétés optimum en fonction de chaque territoire.

Les sources de progrès : une canne plus riche en sucre (et en particulier de saccharose pour le Galion), une canne plus propre limitant l’usage de produits phytosanitaires.

Problématique : l’accès aux aides est complexe et les planteurs ont du mal à investir.

Atelier 3 : « Et si le Rhum stimulait la création d’emplois nouveaux ? » 

Intervenants :

  • Marinette TORPILLE, Conseillère exécutive de la CTM en charge du développement économique et de l’aide aux entreprises
  • Frédérique LEBRUN, Chargée de mission Service Partenariat, Marketing, Grands Comptes – Direction Régionale Pôle Emploi Martinique
  • Véronique BIDAULT DES CHAUMES, Présidente d’UMIH Martinique
  • Armand FLAUN, Proviseur du Lycée Polyvalent Régional Nord Caraïbe

Les besoins d’emplois : des barmans qualifiés parlant anglais, des maîtres d’hôtel dans les restaurants. Il manque aussi des conducteurs d’engins dans les plantations (des tractoristes), des personnels capables d’assurer la maintenance industrielle des matériels, des caristes dans les distilleries, des chefs de ligne (encadrement 1er niveau)… D’une manière générale, les besoins concernent des compétences polyvalentes, ce que les jeunes ont du mal à accepter.

Les écoles locales, et notamment le lycée de Bellefontaine, devraient faire des échanges avec les îles anglaises de la Caraïbe.

Les jeunes en formation aux métiers du CHR n’ont jamais visité une distillerie : il faudrait systématiser la visite pédagogique des distilleries.

Comment adapter les formations aux besoins d’emplois ? Comment relever l’attractivité des métiers liés à la canne et au Rhum ?

Idées d’actions :

  • communiquer sur les métiers de la filière pour créer de l’attractivité auprès des jeunes.
  • organiser pour les jeunes étudiants des visites pédagogiques systématiques des distilleries, dans le but d’accroître leur culture rhumière.
  • créer du lien entre restaurateurs et distilleries : gastronomie, métiers de bar…
  • quid des pourboires ?

Ateliers 4 : « Et si le rhum restait à inventer ? » 

Intervenants :

  • Jean-Claude BENOIT, Directeur Général des Rhums Saint-James
  • Sébastien DORMOY, Directeur Technique Habitation Saint-Etienne (HSE)
  • Katia ROCHEFORT, Directrice du Pôle Agroalimentaire Régional de Martinique (PARM)
  • Philippe HUNEL, Délégué Régional à la Recherche et à la Technologie (DRRT) Martinique
  • Yves ASSIER de POMPIGNAN, Créateur du rhum A1710

Le Rhum c’est 2 choses : un produit fini et un univers. Le produit n’est plus à réinventer, en revanche les univers peuvent être réinventés.

La Martinique peut devenir la capitale mondiale du Rhum en créant par ex une Université des Métiers du Rhum en Martinique, et en fédérant tous les métiers connexes, à l’instar de ce qui se passe en Cognac. Il s’agit de concentrer et codifier toutes les connaissances et savoir-faire liés au Rhum, et en faire une activité à forte valeur ajoutée.

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