Martinique-Guadeloupe : analyse comparée de la conjoncture depuis 2008

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Mercredi 15 janvier 2013, la CCIM organisait une conférence sur le thème : Martinique-Guadeloupe : Analyse comparée de la conjoncture depuis 2008. Cette conférence passionnante était animée par Olivier Sudrie, économiste du cabinet DME. Nous l’avons suivie avec intérêt et nous vous en présentons ici le compte-rendu :

Après une introduction rapide de Manuel Baudouin, Olivier Sudrie a commencé par rappeler les objectifs de la mission confiée par la CCIM :

  • Analyser les évolutions conjoncturelles de l’économie martiniquaise sur la période 2008-2012.
  • Formuler un diagnostic sur la crise.

Il s’est donc attaché à comparer la Martinique et la Guadeloupe de façon à pouvoir mieux apprécier les évolutions dans un sens ou dans l’autre. Ainsi, trois conclusions principales ont pu êre dégagées :

  • La crise a profondément affecté le modèle de croissance de la Martinique (et + que celui de la Guadeloupe)
  • La Martinique souffre d’un réel déficit de la demande (et + qu’à la Guadeloupe)
  • Les risques de rechute de l’économie en 2013 sont plus élevés en Martinique qu’en Guadeloupe

Ces conclusions ont pu être étayées par des données concrètes de conjoncture :

  • L’évolution en base réelle des PIB montre un décrochage plus important en Martinique qu’en Guadeloupe pour l’année 2009 (- 6 % contre -4,5 %)
  • A ce jour le PIB de 2008 n’a toujours pas été retrouvé !
  • La Martinique a beaucoup investi entre 2002 et 2008 (le flux passe en moyenne de 1.000 M€ / an sur la période 1993-2002 à 2.000 M€/an pour la période 2002–2008) alors que la Guadeloupe a connu une évolution progressive de son flux d’investissements depuis 1993. Il s’agirait chez nos voisins d’investissements de renouvellement, alors qu’en Martinique à partir de 2002 on notait plutôt des investissements de capacité, signe que les opérateurs économiques anticipaient une évolution de l’activité dans les années à venir
  • Avec la crise de 2008 (annonce de l’arrêt de la défiscalisation), accentuée en 2009 par les évènements de février/mars, les entreprises martiniquaises (plus que les guadeloupéennes) ont souffert d’un effondrement de la rentabilité de leur outil de production (surcapacité de production du fait des investissements antérieurs plus importants et baisse accrue de l’activité)

La crise de 2008/2009 intervient en fait au pire moment pour la Martinique à la suite d’un long cycle d’investissements ce qui a généré une dégradation forte des rentabilités des capitaux investis. La situation nécessite une croissance forte et rapide, or la demande reste atone.

Par ailleurs, sur de nombreux critères de conjoncture, la comparaison est en notre défaveur objective :

  • On assiste à une baisse des crédits à la consommation en Martinique depuis juin 2008 contre une évolution positive en Guadeloupe.
  • Les encours de crédit à l’habitat depuis janvier 2009 sont en évolution dans nos deux départements, mais en Martinique on assiste à un ralentissement depuis fin 2010, contrairement à la Guadeloupe.
  • Les ventes de ciments restent plus basses en Martinique qu’en Guadeloupe.
  • Le trafic portuaire est en baisse en Martinique pour 2010 et 2011 (et pas en Guadeloupe) avec de graves conséquences sur les recettes des collectivités.
  • Le trafic aéroportuaire est en baisse sur les 2 départements mais de façon plus prononcée sur la Martinique
  • Les budgets d’investissements publics ont connu une baisse significative en Martinique contre une hausse en Guadeloupe ce qui traduit un comportement pro-cyclique de nos collectivités qui a pour effet d’accentuer les effets de la crise. Alors que les collectivités de Guadeloupe ont eu un comportement contra-cyclique qui pousse à la relance.
  • Enfin, la Martinique est plongée dans une spirale récessive : peu de résultat des entreprises donc peu d’investissement donc peu de recettes des collectivités et donc peu de dépenses publiques et donc plus de chômage et donc moins de consommation…

Pour s’en sortir, il faudrait, selon notre conférencier, un choc de 3% de PIB sur la demande soit 250 M€ à mobiliser par la relance de la consommation (par une baisse de la TVA, par exemple) et par la relance de la demande publique.

Le dossier de présention de M. Sudrie est disponible ici : présentation Conférence du 15.01 Mque Gpe depuis 2008

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