"Monopoles" et vie chère : Attention aux fantasmes !

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On devrait se réjouir du retour en force, sur la scène médiatique, du souci de lutter contre la vie chère. En effet, on ne peut qu’adhérer à l’idée de mettre en place des actions fortes pour favoriser la baisse des prix en outre-mer.

Il existe plusieurs causes pouvant expliquer les surcoûts constatés dans nos régions, et donc plusieurs leviers pour agir. On peut citer pêle-mêle : l’étroitesse du marché, l’éloignement qui rend nécessaire le financement de stocks importants, le coût extrêmement élevé de nos ports, la productivité du travail, le coût des constructions anticycloniques et antisismiques, la taxe d’octroi de mer qui frappe à la fois le prix d’achat des produits eux-mêmes et le prix du fret, le coût plus élevé du crédit, etc, etc.

Certaines mesures ont été prises pour agir sur ces causes. On peut citer parmi tant d’autres, la création d’une zone douanière unique entre la Martinique et la Guadeloupe qui a permis à certains opérateurs de raisonner sur un marché de 800.000 habitants au lieu de deux marchés de 400.000 habitants. Pourquoi ne pas y inclure la Guyane ? On peut citer aussi l’existence d’un taux de TVA plus faible qu’en France hexagonale, ou le bénéfice de la défiscalisation qui permet à certains secteurs d’activité de financer leurs investissements à moindre coût.

De telles actions méritent d’être confortées et renforcées. Ce n’est pas toujours le cas, comme le montrent les restrictions apportées aux mécanismes de la défiscalisation, ou l’augmentation des charges pesant sur les salaires. Le combat de ceux qui disent vouloir aider l’outre-mer doit être vigoureux, efficace, féroce, pour conserver et améliorer les dispositifs menacés en ces temps de crise et de perception négative de nos régions.

Néanmoins, dans tout cadre donné, tel qu’il existe du fait de sa géographie, de son histoire, de son statut administratif, règlementaire ou politique, un élément permet d’agir sur les prix. Il s’agit du meilleur fonctionnement possible de la concurrence. 

Les entreprises sont les premières à souhaiter agir dans ce sens. Elles se réjouissent de la volonté affichée de favoriser la concurrence et de lutter contre les monopoles. Même si elles sont les premières à souffrir de la concurrence qui s’exerce directement sur leurs activités spécifiques, elles savent parfaitement que l’augmentation du nombre d’acteurs présents globalement sur nos territoires favorise le développement économique et contribue à la baisse des prix. Cela profite aux consommateurs, mais aussi à l’ensemble du tissu d’entreprises opérant sur nos marchés. A condition bien sûr que ces marchés – étroits par nature – apportent suffisamment de volume économique à chacun des opérateurs.

Mais attention aux fantasmes en ce domaine. Contrairement aux clichés entretenus, il y a très peu de monopoles en outre-mer. Il n‘y a pas de monopole dans le secteur bancaire, même si ici les taux sont supérieurs, Il n’y a pas de monopole dans la téléphonie quand plusieurs entreprises se disputent le marché. Il n’y a pas de monopole dans l’automobile, dans la distribution alimentaire, dans l’ameublement… Attention aux actions qui vont à l’inverse du but prétendument recherché. Ainsi le mouvement de 2009 qui affirmait vouloir « lutter contre les monopoles » dans le domaine de la grande distribution alimentaire a abouti à réduire le nombre d’opérateurs. Sur ce marché censé regorger de « profitation », ces actions ont directement précipité le retrait du groupe Reynoird dont les activités ont, fort heureusement pour les salariés, été partiellement reprises par des opérateurs existants. Comment ne pas également faire le lien entre ces blocages et la déstabilisation du groupe Lancry qui a abouti à sa disparition et la reprise de ses activités par un opérateur existant. La suppression de deux concurrents importants est un beau résultat pour ceux qui dénonçaient les monopoles là ou il n’y en avait pas.

On voit bien par ces exemples l’effet dévastateur des actions basées sur la perception erronée d’une réalité. Ainsi ce secteur prétendument profiteur, l’était si peu que le puissant groupe Louis Delhaize tira sans hésiter un trait sur les activités déficitaires de sa filiale Reynoird, que le groupe Lancry rentra dans une spirale fatale après le blocage de ses activités pendant quelques semaines seulement. Ce secteur très concurrentiel disputé par plusieurs groupes qui luttent pour survivre et se développer, où certains s’acharnent pourtant à voir de prétendus monopoles, a révélé sa fragilité et sa faible rentabilité.

Toutes les mesures d’entrave et de suspicion réduisent le nombre d’entrepreneurs candidats à agir sur un marché. L’augmentation du nombre de concurrents ne se décrète pas. On est bien heureux de voir le personnel et l’activité de celui qui tombe repris par un survivant. Il serait dramatique que des analyses aveuglées par l’idéologie aboutissent à rendre la situation moins favorable au lieu de l’améliorer. Il serait dramatique que de telles contrevérités s’installent aux sommets même de l’Etat.

Le comité directeur de Contact-Entreprises

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