Philippe PETIT présente sa vision pour la Martinique

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Jeudi 23 Mars, Philippe PETIT, candidat UDI MLP aux élections législatives, était l’invité du déjeuner-débat de Contact-Entreprises, occasion pour lui d’échanger avec une quinzaine de chefs d’entreprise sur la situation et les perspectives de la Martinique.

Voir la vidéo-contact de Philippe PETIT ici

Agé de 60 ans, Philippe PETIT connait bien le monde de l’entreprise, puisqu’il est pharmacien. Sur le plan politique, il vient de la Gauche socialiste par ses grands-parents et de la Droite ouverte par son père, ce qui l’a emmené à créer au Centre Gauche le Mouvement Libéral Martiniquais en 1992 avant de finir au Centre Droit avec l’UDI depuis 2014 dans ce qu’il présente comme « un libéralisme humaniste à appliquer dans une France et une Europe fédérale ».

Après cette rapide présentation personnelle, Philippe PETIT rentre dans le vif du sujet, en déroulant l’exposé ci-dessous :

Quelle vision pour la Martinique ? Extraits de l’intervention de Philippe PETIT :

La départementalisation de 1946, le traité de Rome en 1957, la création du Bumidom en 1963, la décentralisation de 1982 et le moratoire sur l’autonomie de Césaire, ont conduit, 70 ans après, aux résultats que l’on connait lors de la consultation populaire du 10 Janvier 2010 : Non à l’article 74 d’autonomie.

Cela s’explique par un concept de nation française, humaniste et tolérante, dont nos autonomistes ou indépendantistes ultranationalistes antillais font semblant de ne pas tenir compte. Ils tiennent en effet les rênes du pouvoir local depuis les lois de décentralisation de 1982 et ils ne peuvent donc imputer leur échec économique qu’à l’éternel Etat français dit « colonialiste ».

Quant à demander l’indépendance à l’Assemblée Nationale, ils s’en gardent bien, préférant garder un « I » d’Illusion dans leur parti MIM.

  • Démographie en diminution, départ des jeunes, moins de naissances, augmentation des personnes âgées à faibles moyens dus aux petites retraites.
  • chômage structurel s’établissant à 18,9% (soit le double de la Métropole) touchant plus particulièrement les hommes jeunes et les moins qualifiés.
  • PIB par habitant de 22 000 € environ alors qu’en France elle s’élève 32 000 € environ, avec un coût de la vie supérieur de 20% en moyenne à la Martinique.
  • Assistanat involontaire donc par le RMI puis par le RSA, devenant par la force volontaire par le manque d’éducation entrepreneuriale lié à la faiblesse des débouchés d’une formation inadaptée
  • Economie parallèle de jobs, puis aujourd’hui de trafics, notamment de stupéfiants.
  • stress des jeunes entraînant la malbouffe donc des obèses, et des incivilités quotidiennes.

Ce tableau inquiétant ne fait pourtant pas craquer le tissu social martiniquais. Car en dehors du carnaval, traditionnelle période de défoulement, nous possédons à la Martinique un modèle unique de communautarisme religieux ouvert, fondé sur le christianisme tout en étant des adeptes profonds de la laïcité par le mélange des cultures venant des Arawacks, des Caraïbes, des Blancs, des Noirs, des Indiens, des Chinois, des Arabes, des Juifs, etc…

Nous possédons de plus un lien universel avec la France, qui nous permet de faire face entre la résilience du marronnage et la culture de certains entrepreneurs traditionnels qui jouent leur rôle.

Du côté de la France Hexagonale, le rayonnement marin sur 5 continents, avec la 2ème Zone Economique Exclusive mondiale et l’espace spatial de Kourou suffisent à maintenir le lien indéfectible à nos îles.

(…)

Dès lors, la Martinique d’aujourd’hui doit « remonter en gamme » comme à l’époque où on souhaitait la société de l’excellence par le travail.

D’abord par une démographie qui doit repartir à la hausse, grâce à l’attractivité du territoire liée à la qualité de vie et aux débouchés.

Trois grands débouchés se dessinent, reliées par un fil conducteur et une convergence indispensable avec la Guadeloupe, pour faire de nos destinations des terres de patrimoine et de culture, le 6ème continent, tel que l’avait si bien décrit notre artiste Kali.

1- Le premier débouché est le secteur agroalimentaire

Arrêter le déclassement des terres agricoles, soutenir les actions du PARM, intégrer le secteur agricole comme partenaire du tourisme vert sont le minimum à faire par les pouvoirs publics.

Bien entendu, la banane et la filière canne par le rhum, déjà organisées doivent être appuyées sans cesse auprès de la Commission Européenne.

La Martinique doit ainsi devenir le lieu de la recherche européenne tropicale pour le développement de techniques durables afin de lutter contre les pesticides et leurs conséquences sur l’environnement. La plantation d’arbrisseaux absorbant le chlordécone ne doit pas être un « pis-aller » dans un pays où se multiplient les cancers du sein et de la prostate !

2- Le deuxième débouché est la mer

L’agrandissement du Canal de Panama couplé au développement de notre infrastructure portuaire doit générer une industrie de démantèlement et recyclage des navires marchands et autres.

Parallèlement, notre ouverture sur la Caraïbe, doit favoriser l’échange commercial et le transport touristique avec des bateaux mixtes adaptés à la croisière et au cabotage. Une niche à inventer pour un tourisme culturel ayant le temps et la volonté de découvrir le « 6ème continent ».

Quant à la pêche, le passage d’une économie traditionnelle axée sur les produits de la mer à une économie bleue sous-entend un changement de fonctionnement laissant place à l’imagination et à l’innovation, ou nutrition et bien-être pourraient devenir les fers de lance de la biodiversité marine.

Ainsi, la création d’industries biologiques ou biochimiques marines pourrait permettre à des chercheurs d’exploiter des molécules extraites de la faune et de la flore sous-marines, dans le but d’alimenter les secteurs pharmaceutique, cosmétique et agroalimentaire.

Par ailleurs, il y a lieu d’encourager l’utilisation durable des ressources, et donc de pratiquer la réimplantation des espèces menacées : réintroduire le lambi, replanter ou bouturer les coraux, permettre le développement des oursins pour que le plus grand nombre en profite, développer la production d’holothuries (les « concombres de mer » si prisés dans la cuisine asiatique), etc.

3- Le troisième débouché est l’implantation d’un secteur universitaire de pointe sur les NTIC 

A côté de nos facultés de droit, de science-éco, de médecine, on doit investir sur les NTIC pour communiquer à l’international sur les deux premiers débouchés afin de breveter les résultats de leur recherche, en liaison avec l’université.

Cette communication numérique doit amener par notre position géographique, et notre système de santé adapté, des chercheurs dans une université des seniors, autochtones comme internationaux qui voudront étudier dans des conditions d’excellence.

Le fil conducteur qui relie tous ces débouchés est bien entendu le tourisme

D’abord une vie nocturne

Comment en effet envisager de retenir des touristes, sans vie nocturne ?

Il nous faut retrouver des endroits mythiques comme « le Manoir » pour une génération, le « Club 21 » pour la génération suivante ! Ces lieux doivent permettre un brassage des touristes et de la population. A noter que le Centre Ville peut devenir le soir un point d’ancrage touristique, sans appréhension. Il suffirait d’une animation musicale dans les restaurants fermant à 2h du matin avec un périmètre sécurisé.

Notre musique, et notamment le zouk, pourrait plus facilement s’internationaliser comme « Kassav » l’a déjà démontré sur tous les continents, après des chanteurs, comme Francisco, à l’époque de la biguine lélé « ti peyi nou an ».

Bien entendu, la reconstruction aux normes internationales de nos hôtels doit être une nécessité prise en compte par le prochain gouvernement français.

Ensuite, un périmètre de transport et de logement qui doit allier la fonctionnalité à la qualité du service

Quand on regarde la carte de la Martinique, on constate que 61% de la population, soit 230 000 habitants peuvent circuler de leur domicile à la capitale (Fort-de-France). Cette zone concentre 70% des emplois et certainement autant de retraités. Il faut donc leur donner les moyens de se déplacer avec la modestie de leur revenu.

Il est donc indispensable de continuer le transport terrestre en TCSP jusqu’au Robert, jusqu’au François et jusqu’à Rivière-Salée, dans des amplitudes horaires allant de 5h à minuit, voire 2h du matin les week end.

Par ailleurs, la côte caraïbe de Fort-de-France à Saint-Pierre doit être desservie par voie maritime sous forme de délégation de service public. Cela permettrait une défiscalisation des bateaux de transport à intégrer dans la loi de finance nationale.

Bien entendu, une seule organisation de transport, maîtrisant une billetterie unique pour le trajet choisi et des abonnements en fonction de l’âge, doit être efficace au plus tôt.

Enfin, un système d’éducation et de santé qui permet d’assurer notre label de 6ème continent, et le patrimoine culturel et sportif qui va avec

En dehors de la considération du monde enseignant qui doit se traduire par un salaire adapté et par des élèves respectueux de l’autorité, les associations doivent être des actrices majeures dans les domaines culturels et sportifs. Le bénévolat doit occuper les personnes plus âgées pour des fonctions d’encadrement, en les défrayant, s’il le faut, pour arrondir leur fin de mois. C’est le rôle de l’Etat et de la CTM.

Par ailleurs, au niveau du football, sport de masse le plus populaire, nous devons passer à un championnat semi professionnel qui favorise la stabilisation des jeunes de 16 à 34 ans et leur assurer une qualification, au moins scolaire. Avant de regarder vers la FIFA, il serait bon de regarder du côté de la FFF d’autant plus que le président réélu Noël LE GRAËT possède une villa aux Trois-Ilets.

Au niveau culturel notamment, il est indispensable que nous ayons des relais locaux et commerciaux ayant des notions fortes d’Art et de Culture pour promouvoir nos musées, nos monuments, nos parcs floraux à l’international afin de laisser une trace indélébile aux yeux, aux oreilles et au palais de tous nos visiteurs touristiques durant la journée.

Quant à la sécurité sanitaire, il est nécessaire pour arriver à bénéficier totalement d’un des systèmes de Santé les plus accessibles, celui de la France et de sa Sécurité Sociale, de mutualiser nos dépenses avec les 65 millions d’habitants de l’Hexagone.

Les outils de défiscalisation, aussi bien dans les logements pour personnes âgées, que dans les EPAHD doivent pouvoir être planifiés avec l’ARS sur l’ensemble du territoire, notamment pour combler les déserts médicaux.

Enfin, la défiscalisation, l’exonération de charges, l’exportation de brevets (agroalimentaires ou concernant les énergies renouvelables) et un régime fiscal avantageux doivent compenser durablement notre insularité. Le concept de continuité territoriale deviendra alors une réalité.

Cette continuité territoriale sera d’autant plus facile que nous pourrons, avec la Guadeloupe, afficher une convergence sur tous les thèmes cités auparavant.

La concurrence entre la Martinique et la Guadeloupe doit constituer une synergie à mettre en œuvre avec des taux d’Octroi de mer sensiblement équivalents dans nos importations et pour nos industries locales.

Dans ces conditions, la commission européenne qui a décidé d’exclure l’Octroi de mer du périmètre du Règlement Général d’Exemption par Catégories (RGEC) a conforté la sécurité juridique d’un dispositif majeur pour les économies des Régions Ultra Périphériques. C’est une aide annuelle de 400 millions d’euros pour l’Outre Mer jusqu’en 2020.

Après cette longue déclaration, les échanges ont pu se poursuivre dans un climat respectueux d’écoutes mutuelles et dans un esprit de vérité, Philippe PETIT ayant clairement souhaité mettre la priorité de son programme dans le développement économique de la Martinique.

 

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