A la veille de la séance plénière de la Collectivité Territoriale de Martinique, une conférence de presse commune réunissant les organisations économiques du territoire a mis en lumière une alerte majeure. Le cumul de hausses de charges envisagées fait peser un risque immédiat sur l’économie martiniquaise, déjà fragilisée par la vie chère.
Dans un contexte inflationniste tendu, où les entreprises locales s’efforcent de contenir leurs marges pour préserver les prix à la consommation, deux décisions pourraient produire un effet de ciseau aux conséquences durables.
Deux hausses, un même impact : la compétitivité menacée
+50 % sur le versement mobilité : un précédent lourd de conséquences
Le versement mobilité est une contribution patronale acquittée par toutes les entreprises de plus de 11 salariés. Son taux est aujourd’hui plafonné à 2 % au niveau national, plafond déjà atteint en Martinique.
La CTM s’apprête à voter le recours, afin d’obtenir une habilitation législative permettant de porter ce taux à 3 %, soit une hausse de 50 % pour les entreprises concernées.
Derrière cette évolution technique se cache un enjeu critique :
créer une règle locale dérogatoire qui alourdirait durablement le coût du travail, sans garantie de retour économique direct pour les entreprises contributrices.
Les simulations présentées montrent que cette augmentation aurait un impact immédiat sur les charges fixes, en particulier pour les PME et les entreprises à forte intensité de main-d’œuvre.
+40 % sur le prix de l’eau : le dossier Odyssi
Le second choc concerne le prix de l’eau pour les professionnels, avec une hausse annoncée de 40 % sur les tarifs industriels et économiques.
Selon les constats issus du rapport de la Chambre Régionale des Comptes, cette augmentation trouve son origine dans :
- un déficit structurel supérieur à 15 millions d’euros,
- des fuites massives liées à un rendement insuffisant des réseaux,
- un sous-investissement chronique,
- et un défaut de recouvrement des impayés.
Le constat est clair :
les entreprises solvables sont appelées à compenser des erreurs de gestion passées, sans responsabilité directe dans les dysfonctionnements identifiés.
Un tissu économique déjà sous tension
La Martinique fait face à un paradoxe économique bien connu :
- des coûts structurels élevés,
- une dépendance aux importations,
- et une pression sociale forte liée à la vie chère.
Dans ce contexte, taxer davantage les entreprises revient mécaniquement à peser sur le pouvoir d’achat des Martiniquais. Les marges absorbées aujourd’hui sont autant de capacités d’investissement, d’embauche et d’innovation qui disparaissent demain.
Le tissu économique local ne peut être considéré comme une variable d’ajustement permanente.
Des revendications claires et responsables
Les organisations économiques appellent à une approche pragmatique et concertée, articulée autour de deux demandes principales :
- un moratoire immédiat sur les augmentations de charges,
- une révision des trajectoires fiscales avant la plénière du 29 janvier.
L’objectif n’est pas de nier les besoins de financement des politiques publiques, mais de rappeler qu’une économie fragilisée ne peut durablement soutenir l’effort collectif.
Conclusion : choisir la cohérence économique
La conférence de presse n’a pas été un exercice de posture, mais un signal d’alerte économique.
À court terme, les décisions prises engageront non seulement la compétitivité des entreprises, mais aussi l’emploi local, les prix à la consommation et la résilience du territoire.
Préserver l’économie productive, c’est préserver le pouvoir d’achat.
Alourdir la fiscalité sans réforme structurelle, c’est déplacer le problème sans le résoudre.
