Avec « Producteurs d’avenir », GBH annonce un programme de 1,2 million d’euros destiné à soutenir l’investissement et l’installation d’agriculteurs et d’éleveurs en Martinique, Guadeloupe, Guyane et à La Réunion. Au-delà du montant annoncé, l’initiative pose la question de savoir comment donner aux producteurs locaux les moyens d’investir, de se développer et de répondre davantage aux besoins de leurs marchés ?
Dans les économies ultramarines, renforcer la production locale ne relève plus seulement d’une ambition agricole. C’est aussi un enjeu économique, avec des implications en matière d’emploi, d’investissement, de création de valeur sur les territoires et de réduction de la dépendance aux approvisionnements extérieurs.
C’est dans ce contexte que GBH vient d’annoncer le lancement de « Producteurs d’avenir », un programme de soutien à l’investissement et à l’installation des producteurs ultramarins.
Présenté à l’occasion des deuxièmes Rencontres de la production locale organisées par Carrefour Martinique, le dispositif sera déployé pendant trois ans en Martinique, Guadeloupe, Guyane et à La Réunion.
1,2 million d’euros consacrés à l’investissement
Le principe du programme est relativement simple : GBH prévoit de consacrer 100 000 euros par territoire et par an pendant trois ans, soit une enveloppe globale de 1,2 million d’euros.
Le financement sera intégralement assuré par le groupe.
La particularité du dispositif réside surtout dans sa destination : il ne s’agit pas uniquement de promouvoir les produits locaux ou de faciliter leur référencement dans les circuits de distribution, mais de contribuer directement au financement de projets d’investissement et d’installation.
Pour une exploitation agricole ou d’élevage, la capacité à investir constitue en effet l’une des conditions du développement : équipements, modernisation de l’outil de production, augmentation des capacités, amélioration des procédés ou encore lancement d’une nouvelle activité.
« Producteurs d’avenir » entend intervenir précisément sur ce maillon.
Des priorités définies territoire par territoire
Autre caractéristique du programme : GBH n’annonce pas un dispositif uniforme appliqué de la même manière dans les quatre territoires.
Les bénéficiaires doivent être sélectionnés localement par une instance associant des représentants du monde agricole et institutionnel. Les priorités pourront également être adaptées aux besoins identifiés dans chaque territoire.
Cette territorialisation est importante.
Les réalités agricoles de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane et de La Réunion diffèrent par la structure des exploitations, les productions, les marchés, les contraintes foncières ou encore les besoins d’investissement.
L’enjeu sera donc d’orienter les financements vers des projets capables de produire un effet économique concret : consolider une exploitation, permettre une installation, augmenter une capacité de production ou faire émerger de nouvelles productions.
Produire localement, mais aussi trouver des débouchés
Le financement de l’investissement ne constitue toutefois qu’une partie de l’équation.
Une agriculture locale durable suppose également que les producteurs puissent trouver des débouchés suffisamment réguliers pour sécuriser leur activité et leurs investissements.
C’est sur ce point que le nouveau programme s’inscrit dans une stratégie plus large développée par GBH autour de la production locale.
Selon les données communiquées par le groupe, 20 à 30 % de ses achats alimentaires sont réalisés auprès de producteurs locaux, avec des proportions variables selon les territoires.
En Martinique, GBH indique travailler avec 170 producteurs locaux. En Guadeloupe et en Guyane, plus de 150 fournisseurs sont réunis sous le label « Produits d’Ici », tandis que La Réunion compte plus de 130 fournisseurs directs.
Le groupe a par ailleurs développé plusieurs dispositifs territoriaux destinés à faciliter l’accès au marché : les Rencontres de la Production Locale en Martinique, Produits d’Ici et Jeunes Pousses en Guadeloupe et en Guyane ou encore le festival Réun’île à La Réunion.
« Producteurs d’avenir » ajoute donc une dimension supplémentaire : au débouché commercial vient désormais s’ajouter un soutien financier à l’investissement.
Un enjeu qui dépasse le seul secteur agricole
L’intérêt économique du dispositif doit également être observé à l’échelle des territoires.
Augmenter la part de production locale signifie potentiellement conserver davantage de valeur ajoutée localement, soutenir l’emploi agricole, développer les activités de transformation et de logistique associées et renforcer les relations entre producteurs, transformateurs et distributeurs.
C’est aussi l’un des leviers permettant de réduire progressivement la vulnérabilité des économies insulaires aux approvisionnements extérieurs.
Cette évolution ne signifie évidemment pas que les territoires ultramarins pourront se soustraire aux importations. Leurs contraintes géographiques, foncières et économiques rendent cet objectif irréaliste pour de nombreuses catégories de produits.
L’enjeu consiste davantage à déterminer ce qu’il est économiquement pertinent et techniquement possible de produire davantage localement, puis à donner aux entreprises agricoles les moyens d’atteindre cette capacité.
De la production locale à l’investissement productif
C’est probablement là que réside l’un des aspects les plus intéressants de « Producteurs d’avenir ».
Les politiques en faveur de la production locale se concentrent fréquemment sur la visibilité des produits, leur commercialisation et la sensibilisation des consommateurs.
Ces dimensions restent indispensables. Mais elles ne suffisent pas si, en amont, les exploitations ne disposent pas des capacités financières nécessaires pour investir, moderniser leur outil de travail ou augmenter leurs volumes.
Le développement de la production locale suppose donc de raisonner en véritable chaîne économique :
produire → investir → transformer → distribuer → commercialiser → consommer localement.
Pour Stéphane Hayot, directeur général de GBH, le programme doit précisément permettre de franchir une nouvelle étape en accompagnant directement les investissements des producteurs et en contribuant à une production ultramarine « plus forte, plus diversifiée et plus durable ».
Un premier test dès la fin de l’année
L’appel à candidatures doit ouvrir le 30 septembre 2026, avec l’annonce des premiers lauréats prévue avant la fin de l’année.
Au-delà de l’enveloppe de 1,2 million d’euros, l’un des indicateurs intéressants à observer sera donc la nature des projets retenus : installations de nouveaux agriculteurs, modernisation d’exploitations existantes, diversification des productions, équipements, augmentation des capacités ou développement de nouvelles filières.
Car le véritable enjeu est là : transformer des financements en capacités productives supplémentaires et durables.
Dans des économies ultramarines où la question de la production locale rejoint directement celles de l’emploi, de l’autonomie alimentaire, du pouvoir d’achat et de la création de valeur, la capacité à rapprocher producteurs, financeurs, institutions et débouchés commerciaux constitue probablement l’une des conditions nécessaires au changement d’échelle.
« Producteurs d’avenir » sera donc à observer non seulement comme un programme de soutien au monde agricole, mais aussi comme une expérimentation économique : celle d’un modèle dans lequel l’investissement privé, l’écosystème agricole et la distribution cherchent à agir conjointement pour renforcer les capacités de production des territoires ultramarins.
